Bassin de la Mékrou: initiatives de protection à rude épreuve

BENIN - Appelée en langue locale batoonou « Makrou», (Mékrou en français), la rivière que partage les communes de Kouandé, Kérou et Péhunco (la communauté des 2KP) est longue de 410 km. C’est l’un des trois principaux affluents du fleuve Niger au Bénin qui  prend sa source à 460m d’altitude environ, sur les flancs des monts de Birni. Le bassin a une superficie de 10.500 km² dont 5 034 km² à sa tête. Sur les 24 retenues d’eau disponibles dans les trois communes, 13 appartiennent au bassin de la Mékrou.

Mais... La rivière Mékrou ne coule plus comme par le passé et son écosystème connaît une forte dégradation. Face à ce constat, plusieurs initiatives ont été entreprises pour sauver cette ressource, essentielle pour les communes de Kouandé, Kérou et Péhunco (2KP). Malheureusement, les communautés à la base rechignent toujours à abandonner la coupe sauvage du bois et autres mauvaises pratiques agricoles qui annihilent tous les efforts de sauvetage. 

« Il y a encore quelques années, dans cette partie de notre rivière, l’eau ne tarissait pas, on y retrouvait toutes sortes d’animaux sauvages et d’espèces d’arbres. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », témoigne Ambarka KPAOU, chef du village de Yakabissi.

© Tonakpa

Les communautés environnantes se souviennent encore des nombreux services écologiques que leur procurait cette ressource. Mais, peu à peu, elles ont vu leur patrimoine s’effriter. De nos jours, tout autour de la tête, le couvert végétal est détruit, laissant place aux champs et à une vaste étendue de terre sans arbre ni arbuste. En dehors de la coupe du bois, plusieurs autres pratiques concourent à la destruction du couvert végétal comme comme les activités agricoles, les activités pastorales, l’exploitation forestière, les feux de brousse, l’agriculture extensive sur brûlis à laquelle font recours les producteurs pour la culture du coton et des céréales. etc. Avec le temps, ces pratiques ont contribué à réduire considérablement les superficies des deux forêts classées (forêt classée des collines de Kouandé et la forêt classée de la Mékrou) à l’intérieur du bassin.

L’Etat et les autorités locales impuissants

La législation béninoise est pourtant claire : toute occupation des berges est interdite sur une distance de 25 mètres de part et d’autre des cours d’eau. Mais à ce jour, il n’y a personne pour la faire respecter correctement. Mme le Maire de Kérou, Dafia Abiba Ouassangari s’alarmait en ces termes : «Nous n’avons plus de forêt classée parce que tout a été détruit… Si depuis longtemps la lutte contre la déforestation n’a pas porté ses fruits, c’est parce que ceux qui sont chargés de la faire sont devenus, avec le temps, les chefs de file des exploitants ». Selon une étude du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), publiée en novembre 2014, les coûts économiques engendrés par la déforestation sont quatre fois supérieurs aux gains que rapporte l’exploitation forestière. De plus, il est plus facile de couper des arbres que d’en planter puisqu’il faut ensuite attendre plus d’une vingtaine d’années pour les remplacer.

© Tonakpa

Des initiatives de protection encore limitées

Sur la base des études commanditées par Protos et le Partenariat National de l’Eau du Bénin (PNE-Bénin) en 2012, le PNE-Bénin, a lancé une initiative pilote de gestion intégrée de la tête du bassin de la rivière Mékrou démarrée en 2012. Dans ce cadre, plusieurs activités ont été menées pour la préservation et la protection de la tête du bassin. Avec la participation de la mairie de Kouandé et des populations riveraines du site, le projet a favorisé la délimitation d’une zone d’au moins 35 mètres de rayon sur une distance d’environ 3600 mètres comme zone de protection de la tête de bassin soit environ une superficie de 25 ha. Dix mille plants (10.000) ont été mis en terre sur une superficie de 9 hectares (ha) dans les parties déboisées de la zone délimitée et un plan de communication a été élaboré pour poursuivre la sensibilisation des communautés. Un comité de suivi de l’initiative pilote regroupant tous les principaux acteurs impliqués, a été mis en place pour veiller au respect des mesures prises. Fruit de la sensibilisation réussie auprès des autorités locales, le conseil communal de Kouandé, a marqué sa volonté de poursuivre le reboisement sur fonds propres de la commune.

Dans la commune de Kérou, c’est le projet Gouvernance Locale de l’Eau dans cinq communes du Nord Bénin (GLEaube) de Protos qui a lancé l’initiative. Ici, la mise en terre des plants s’est effectuée dans les champs privés des producteurs installés le long de la berge de l’affluent du cours d’eau principal appelé «Dama koka». Après les séances de sensibilisation qui se sont déroulées en février 2013, 12.500 plants ont été mis en terre dans le village de Bonni et les hameaux de Wanwarou et Makrou. Trois (3) producteurs ont accepté de reboiser leurs champs bénéficiant ainsi de 2.500 plants dont 1.250 de Gmelina arborea et le reste en Manguier (Manguifera indica) et caïcédrat (Khaya senegalensis). Enfin, l’étude «Etat des lieux et gestion de l’information sur les ressources en Eau dans le Bassin de la Mékrou» a été largement diffusée ainsi que ses résultats et recommandations à l’occasion d’un atelier d’échanges avec tous les acteurs et usagers, tenu le 7 novembre 2014 à Péhunco. Cette activité a été suivie d’émissions interactives dans les radios communautaires afin de mieux sensibiliser les populations des 2KP et de les amener à mieux appréhender les enjeux économiques et les risques de pollution et comblement du sous-bassin de la Mékrou.

L’une des particularités de cette initiative a été la participation et l’implication effective de tous les acteurs du secteur (les mairies et les services déconcentrés de l’eau, de l’agricole, de l’environnement …) et des communautés à la base depuis la réalisation des études jusqu’à l’atelier final d’échanges au terme du projet. Ce processus participatif aura permis de faire prendre conscience aux populations de la situation préoccupante due à la dégradation du bassin.

« On ne peut gérer une ressource que l’on ne connaît pas »

Si la déforestation constitue encore un grand fléau malgré les initiatives de reboisement entreprises, la connaissance de la ressource est aussi une préoccupation majeure dans le bassin. cinq (05) pluviomètres ont été acquis et installés (2 à Péhunco et 3 à Kérou), le piézomètre de Kouandé a été réhabilité alors qu’un nouveau a été installé à Péhunco par Protos. La communication du représentant du Service Communal du Développement Agricole de Péhunco portant sur le fonctionnement des pluviomètres, aura permis de montrer le bien-fondé de l’acquisition de ces matériels qui, aujourd’hui, font partie du dispositif de collecte de données pluviométriques du CARDER en partenariat avec la Direction Nationale de la Météorologie.

 

Alain Tossounon, Journaliste
Equipe Protos Bénin