Ebola, une 'opportunité malheureuse'

MALI - L'épidémie de maladie à virus Ebola  en Afrique de l'Ouest débute au sud-est de la Guinée en décembre 2013, avant de s'étendre au Liberia et à la Sierra Leone puis, dans une moindre mesure, au Nigeria, au Sénégal et au Mali. C'est la première fois que ce virus, sans traitement connu, entraîne une contamination ailleurs qu'en Afrique centrale puis hors du continent africain (États-Unis, Espagne, Royaume-Uni).

Cette épidémie, la plus meurtrière  depuis la découverte du virus en 1976 , est causée par la souche Zaïre du virus. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le patient zéro serait un enfant décédé en décembre 2013 près de Gueckédou, dans le sud-est de la Guinée. En août 2014, l'OMS qualifie l'épidémie d'« urgence de santé publique de portée mondiale ».

Ebola au Mali

Au Mali, qui partage une longue frontière avec la Guinée (l’un des pays le plus touchés par cette épidémie), la population, le Gouvernement et la Communauté Internationale se sont vite sentis concernés par cette maladie, notamment à cause du risque réel qu’une personne malade en provenance de ce pays puisse aisément franchir la frontière et rependre le virus.

Et en effet, le Mali a été le dernier pays touché par cette épidémie de fièvre hémorragique, avec un 1er cas déclaré en octobre 2014. Les deux premières victimes d'Ebola au Mali étaient une fillette de 2 ans venue de Guinée et un imam de la ville de Kourémalé (120 kilomètres au sud de Bamako) arrivé du même pays. Ce dernier a contaminé directement ou indirectement sept personnes, dont cinq sont mortes.

Par conséquent, la Société civile malienne, appuyée et soutenue par le Gouvernement et la Communauté Internationale, a commencé à se mobiliser pour sensibiliser la population sur cette maladie et, surtout, sur les mesures préventives nécessaires à éviter la contamination. Cette prévention passe essentiellement par des correctes mesures d’hygiène et notamment par le lavage de mains au savon.

Contribution de Protos à la lutte contre l'Ebola

C’est ainsi que Protos, qu’au Mali exécute un vaste programme axé sur l’amélioration de l’accès à l’eau potable et aux infrastructures d’hygiène et d’assainissement, a décidé de contribuer à la lutte contre cette maladie, en intégrant des modules spécifiques sur Ebola dans toutes activités de sensibilisation sur l’hygiène et l’assainissement, avec une attention particulière aux sensibilisations en milieu scolaire.

La promotion du lavage de mains au savon, que depuis des années est au centre de nos messages de sensibilisation, en plus d’être un moyen très efficace de prévention des maladies diarrhéiques, s’est révélée incontournable aussi pour lutter la maladie à virus Ebola.

Ainsi, la journée de lavage des mains du 15 octobre a été organisée dans les Communes I et IV du district de Bamako et mise à profit pour sensibiliser les populations de façon générales sur les maladies liées aux manques d’hygiène et de façon particulière sur la maladie à virus Ebola. Cette journée de sensibilisation a été organisée dans des écoles et sur des places publiques est rendue possible grâce aux programmes de Protos au Mali financés par la DGD belge, l’Union Européenne et UNICEF.

Un élève donne l'exemple © Protos

Les differents ceremonies, qui ont atteint environs 800 personnes dans ces deux Communes du District de Bamako, se sont deroulées à travers des messages de sensibilisation sur l’importance de l’assainissement, de l’hygiène corporelle et nottament du lavage des mains au savon (1), ainsi qu’à travers une brève historique de la maladie à virus Ebola, des ses modes de transmission et de prevention.

Opportunité

Pour Protos cette épidemie est vite devuenue une  « opportunité malheureuse » pour renforcer davantage nos messages de sensibilisation sur l’importance du lavage des mains et sur le risque lié au manque d’hygiène et d’assainissement. En effet, dans l’évaluation de nos programmes on avait rémarqué que, malgré une nette amélioration au niveau du changement de comportement des populations du District dans le cadre de l’amélioration des pratiques d’hygiène et d’assainissement grâce aux actions de sensibilisation menées, des poches de résistance demeuraient au niveau de certaines populations.

Cependant, l’arrivée de l’épidémie d’Ebola au Mali et la forte crainte qu’elle a occasionné dans la population, a généré une véritable prise de conscience réelle sur la nécessité et l’importance du lavage des mains comme moyenne préventif. Ebola a donc permis de donner davantage de force à nos message de sensibilisation, ce qu’a permis d’ouvrir une brèche envers la population et d’augmenter les résultats dans la prévention des maladies diarrhéiques, qui restent une véritable urgence sanitaire au Mali (2).

Heureusement, après avoir occasionné 8 contaminations et 6 décès, le 18 Janvier 2015 le Mali et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont annoncé conjointement la fin de l'épidémie de la maladie à virus Ebola dans le pays, après 42 jours sans qu’un nouveau cas ne soit déclaré. Toutefois, la lutte de Protos et de ses partenaires pour améliorer l’accès aux infrastructures de base d’hygiène et d’assainissement, ainsi que pour sensibiliser les populations sur le risque du manque d’hygiène demeure toujours.

 

  • Editeur: Amadou Traoré, Coordinateur du programme de Protos à Bamako

 

(1) En lavant les mains au savon, on réduit la charge microbienne de plus de 90%.

(2) Au Mali, les maladies diarrhéiques constituent la troisième cause de consultation au niveau des centres de santé après le paludisme et les infections respiratoires. En 2013, 255.465 cas de diarrhée ont été enregistrés au Mali, dont 160.668 cas concernent les enfants de moins de 5 ans, soit 63% (Ministère de la Santé). Selon l’Enquête démographique de santé (EDS 2012-2013), plus de 9% des enfants de moins de 5 ans ont souffert de la diarrhée pendant les deux semaines ayant précédé l’enquête.