L'ACEP, le contre pouvoir de la gestion locale de l'eau

BENIN - Nous sommes à Boukoumbé, localité de Tabota, où l’indélicatesse d'un délégataire qui trainait le pas à réparer une panne, privant ainsi les populations d’eau potable, a provoqué la colère de ces derniers, qui ont pris d’assaut les locaux  de la mairie avec, à leur tête, les délégués villageois de l’Association des Consommateurs d’Eau Potable (ACEP). La réparation immédiate de la panne et la non-discrimination dans la distribution de l’eau ont été exigées. Une fois la mairie interpellée, le délégataire a été sommé de réparer la panne dans les meilleurs délais, ce qui fut fait.

Non loin, à Djougou, les populations n’hésitent pas non plus à interpeller la commune et ses agents quand le prix de cession de l’eau au niveau des bornes fontaines dépasse celui fixé par la commune, ou lorsque les chantiers de réalisation d’ouvrages d’eau potable ne sont pas livrés à temps. Un véritable changement dans le comportement de ces populations que l’on observe depuis l’avènement des ACEP dans quelques communes de l'Atacora-Donga, zone d'intervention de Protos au Nord du Bénin.

Les membres ACEP doivent également, selon leur cahier de charge, veiller autour de chaque point d’eau, à la continuité du service, la propreté autour de l’ouvrage, des horaires de services consensuels, une bonne organisation et un bon accueil. En retour, les ACEP devraient amener les consommateurs à assumer leurs devoirs que sont : le respect des règles d’usage, le paiement du service de l’eau, la participation aux séances de reddition de compte, l’interpellation du maitre d’ouvrage en cas de défaillance ou de mauvais fonctionnement. 

ACEP, association indispensable

A travers le projet Gouvernance locale de l'Eau dans cinq communes du Nord Bénin (GLEauBe), Protos  a appuyé avec succès la constitution et l’enregistrement officiel des ACEP de Kérou, d’Ouassa-Péhunco et de Djougou. Dans le même sillage, Helvetas a appuyé l’installation de l’ACEP de Boukoumbé. Une fois installés, les membres ACEP ont bénéficié des sessions de renforcement de capacités de toutes leurs instances d’animation (Délégués de villages, cellules d’arrondissement et comité exécutif) puis la mise à leur disposition des outils de gestion.

«Depuis qu’elle existe dans ma commune, cette association contribue beaucoup au bon fonctionnement du service d’eau potable dans la commune. Elle vient toujours attirer l’attention des prestataires de service et nous aide non seulement à signaler les dysfonctionnements des ouvrages d’eau, mais aussi en faisant des suggestions qui nous permettent de corriger certaines difficultés», témoigne le maire de Boukombé, Philippe GNAMOU.

Et à l'assistant technique Eau potable, hygiène et assainissement, Ganyou ABOU, de l'antenne de Natitingou de Protos d'ajouter: «Les consommateurs étaient dans l’obscurité et pensaient toujours que si la mairie réalise un ouvrage, c’est une faveur qu’on leur accorde et donc qu’ils n’avaient pas le droit d’interpeller les autorités communales en cas de panne.»

Les défis pour les ACEP

Cependant, depuis leur installation courant 2012-2013 les ACEP sont confrontées à des problèmes de fonctionnement qui ne facilitent absolument pas leur travail. Les frais de déplacement, de communication, de photocopie et consorts ne sont pas budgétisés et elles ne bénéficient plus d'aucune aide financière ni matérielle de la part de leurs communes respectives. Malgré cet état de choses, elles se débrouillent tant bien que mal en tant qu'association avec le système de cotisation. Par ailleurs, dans certaines communes encore, il y a une confusion des rôles entre ACEP et mairie et le problème d'analphabétisme des membres qui rendent difficiles l'exploitation de certains outils de travail.

Salifou Gomina, présidente ACEP de Djougou: «On n'a pas assez de moyens donc on n'arrive pas à aller dans toutes les localités pour constater les problèmes mais on essaie quand-même de parcourir les localités proches. Pour le faire on utilise nos fonds personnels en attendant les cotisations lancées. Nous avons fait des rencontres afin que la mairie nous trouve un peu de moyens en plus de ce que nous-mêmes pouvons mobiliser.»

 

Editeurs:  Alain Tossounon, Journaliste - Blanche Blakassi, CGC

 

 

ACEP: principales missions (cadre)

En réponse à la gestion communautaire des ouvrages d’eau qui a montré toutes ses limites au Benin, le gouvernement a opté pour une nouvelle stratégie de professionnalisation du secteur avec la délégation de la gestion des ouvrages d’approvisionnement en eau potable aux opérateurs privés (fermiers pour des adductions et délégataires pour des ouvrages simples). Afin d’assurer la représentation des consommateurs dans le dialogue avec les autorités locales et le secteur privé la place a été donnée aux Associations des Consommateurs d’Eau Potable (ACEP) dans les communes. Ces associations doivent garantir aux communautés  leurs droits d’accès à l’eau potable en tant que consommateurs. Outils de veille citoyenne sur la gestion du service public de l’eau au niveau communal, les ACEP ont pour principales missions :

  • d'assurer la représentation des usagers du service public de l’eau auprès de l’administration communale;
  • d'aider la commune à mieux assurer le suivi du service public de l'eau;
  • de défendre les intérêts des usagers vis-à-vis de la SONEB, de la Commune et de ses prestataires (délégataires, fermiers, artisans réparateurs, etc.);
  • de faciliter la gestion des plaintes des usagers pour obtenir l’amélioration du service public de l’eau;
  • de développer les capacités de ses membres en matière de défense des consommateurs.

Lire la suite.