Les forages manuels dans le Delta Intérieur du Niger

Forage manuel en train d'être réalisé © Protos

MALI - Il y a quinze ans, la Communauté Internationale s’était engagée à atteindre les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) à l’horizon 2015. Protos, d’une façon cohérente avec sa mission et sa vision, attache une importance spécifique à l’OMD 7 - Assurer la viabilité de l’environnement et, plus particulièrement, à sa cible n. 3 : Réduire de moitié, d’ici 2015, la proportion de personnes qui n’ont pas accès durablement à une eau bonne à boire et qui ne disposent pas de sanitaires de base, à qui nous cherchons de contribuer à travers la mise en œuvre de nos projets.

Au Mali, malgré les multiples efforts de l’ensemble des acteurs concernés (Gouvernement, Partenaires Techniques et Financiers, Société civile, etc.) et les gros moyens mobilisés, l’atteinte de ces objectifs ne sera que partielle. Pour ce qui concerne l’OMD 7 et sa cible 3, avec des taux d’accès en 2014 de 64% en eau et 22% en assainissement, la réalisation de ces objectifs sera bien relative.

Dans l’optique de l’après 2015, la Communauté Internationale s’est même engagée à aller au-delà de cette « réduction de moitié » et elle vise désormais un accès universel à l’eau et l’assainissement. Cependant, il est de plus en plus évident que pour arriver véritablement à cet accès universel, il n’est pas qu’une question de moyens ou de volonté politique ; très souvent il s’agit plutôt d’analyser un problème donné et en chercher une solution réaliste et viable.

C’est le cas, par exemple, d’un bon nombre d’ilots dans le Delta Intérieur du fleuve Niger, qui ne disposent d’aucun point d’eau modern, tout simplement car les engins lourds qui sont utilisés pour réaliser les forages n’y ont pas accès, à cause de l’impossibilité à franchir le fleuve et au manque des Bacs pour la traversée. Pour les villages de ces ilots, pas d’autre choix que boire l’eau du fleuve ou creuser de puits traditionnels, qui tarissent en saison sèche et qui ne garantissent pas une eau potable. Pour ces ilots donc, pas uniquement une question de manque de moyens financiers ou de volonté politique (ils sont chaque année en tête de liste pour l’obtention d’un forage), mais plutôt une question de manque d’une solution adaptée à ce contexte très spécifique.

C’est en analysant cette situation que Protos et ses partenaires (Communes, Services Techniques d’Etat, populations bénéficiaires, etc.), avec l’assistance technique de la Fondation néerlandaise Practica, ont essayé de trouver une solution novatrice et durable au problème de l’approvisionnement en eau potable dans ces contextes d’inaccessibilités.

C’est sur cette base que le projet pilote sur l’introduction et l’évaluation des techniques de forages manuels à faibles coûts permettant un accès durable à l’eau potable en zone rurale a vu le jour grâce à un financement d’UNICEF. D’une durée de 15 mois, ce projet, grâce à l’expertise de Practica Foundation en la matière, a pu développer et tester une technique manuelle de réalisation d’un forage, qui ne nécessite d’aucun engin lourd et qui est à même d’obtenir une eau propre et apte à la consommation humaine, exactement comme celle captée par des forages mécanisés. En ce faisant il a été possible de réaliser manuellement 43 forages équipés de pompe manuelle, qui desservent aujourd’hui environ 17 200 personnes dans le Delta Intérieur du Niger.

Les forages manuels sont en fait des forages classiques creusés par un procédé manuel à l’aide d’un kit spécifique (fonçage manuel) qui, grâce à leur équipement léger permettant l’atteinte des zones isolées et difficiles d’accès (kit pouvant être transporté par charrette, moto, pirogue), garantissent l’accessibilité là où les engins lourds n’y arrivent pas. Mais en plus que ça, cette technologie novatrice permet aussi d’obtenir d’autres avantages :

  • Réduction du coût : 4 à 5 fois moins cher qu’un forage motorisé pour la même profondeur ;
  • Création d’emplois locaux en substituant le travail (main d’œuvre - ouvriers qualifiés pour la foration) au capital (investissement pour l’achat d’engins);
  • Développement de compétences locales qui peuvent être répliquées après la fin du projet ;
  • Fabrication locale des équipements avec un budget de démarrage limité ;
  • Adapté aux situations d’urgence et d’insécurité ;
  • Peut être utilisé pour l’eau potable mais aussi pour l’irrigation, car son coût de réalisation équivaut à celui d’un puit maraicher traditionnel mais il ne tarisse pas en saison sèche, car il capte une nappe en profondeur.

Le cas du village de Kagnio

Le village de Kagnio, situé à 60 km de Mopti, est l’un des plus gros villages de la commune de Dialloubé. La population est estimée à 3.500 habitants. Presqu’un ilot, le village de Kagnio est entouré complètement d’eau pendant la crue, avec une inondation fréquente des maisons.

l’Accès du village de Kagnio en saison sèche © Protos

Ainsi, les populations pendant des années ont souffert du manque d’eau potable du fait que les puits traditionnels non seulement s’effondraient, mais également s’inondaient pendant la saison hivernale. Les populations n’ont donc eu d’autres alternatives que de s’approvisionner au niveau du fleuve et des mares, avec comme corollaire l’augmentation de la prévalence et de la morbidité des maladies liées à l’eau, notamment chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes.

L’approvisionnement en eau potable de Kagnio a donc toujours été une priorité des autorités villageoises et communales, ainsi que de Protos qui les accompagne depuis des années. Mais bien qu’identifié comme village à fort besoin en matière d’alimentation en eau potable, force est de constater que ce village, à cause de sa situation géographique, n’avait pu bénéficier des actions des projets et programmes d’hydrauliques mis en œuvre dans la région de Mopti. Kagnio – qui est situé entre les affluents du fleuve Niger – est inaccessible aux engins lourds, ce qui le rende inapte à la réalisation des forages conventionnels. Et vu qu’aucune alternative n’existait jusqu’à présent, le village de Kagnio demeurait sans eau potable.

Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Grâce à la technique des Forages Manuels développée par Protos et Practica Foundation dans le cadre du projet financé par UNICEF, les 3.500 habitants de ce village ont désormais un point d’eau moderne qui, bien qu’insuffisant au regard de la taille de la population, est en mesure de leur approvisionner en eau potable de qualité.

Témoignages de 2habitants de Kagnio

Dado SANGHO, 45 ans,  mariée, 5 enfants, ménagère. « Avant la réalisation du forage, la corvée d’eau était difficile pour toutes les femmes du village car il fallait marcher environ 3 km pour pouvoir avoir un seau d’eau. S’il faut m’occuper de mon mari, de mes enfants et faire la corvée d’eau, cela me demandait beaucoup de temps et beaucoup d’énergie. Avec la présence de ce point d’eau dans le village, j’ai le temps maintenant pour bien m’occuper de mon mari et mes enfants et me reposer. Avoir ce point d’eau dans le village a été vraiment un plaisir pour moi  et je ne sais pas comment remercier sincèrement Protos pour nous avoir permis d’avoir de l’eau potable, de maintenir la santé chez nos enfants et d’espérer encore une fois car la soif de l’eau potable est difficile à vivre ».

Amadou Béla DJIGANDE, trésorier du comité de gestion du forage à PMH de Kagnio. « Je suis très heureux de faire partie du comité de gestion de ce point d’eau que nous avons cherché pendant longtemps. Dieu merci, nous l’avons eu grâce à ce projet de forages manuels. Le comité de gestion mis en place fera tout pour assurer la pérennisation du point d’eau. Depuis son arrivée, nous avons vu son importance à travers le changement qu’il a pu nous apporter sur le plan  de la santé. C’est pour cela que nous n’ allons pas nous amuser avec sa gestion et nous l’avons pris avec nos deux mains tout en optant pour la vente  au volume qui nous a permis d’épargner au jour d’aujourd’hui une somme de 200 000 F CFA. Avec cette somme d’argent, nous allons pourvoir réparer la pompe en cas de panne. Moi personnellement en tant que trésorier, je m’engage à bien gérer l’argent de la caisse ».

Réception provisoire du forage manuel de Kagnio © Protos

Article rédigé par Ousmane DIARRA – Coordinateur des projets sous financement UNICEF – Protos Mali