Société civile très important pour secteur de l'eau

BENIN - En tant que membre de la société civile et plus particulièrement du CANEA, Protos Bénin a eu l’opportunité de participer au 6ème atelier de structuration et de formation des collectifs africains de la société civile du secteur Eau et Assainissement, qui se déroulait à Cotonou du 24 au 26 janvier 2017. Cet atelier, organisé par coalition eau, regroupait des acteurs du secteur de l’eau et de l’assainissement de plusieurs pays africains, dont le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali, le Togo, La Mauritanie, le Nigéria, la Guinée et le Bénin. Il y avait également une représentante du SWA (Sanitation and Water for all), d’eau vive et de WIN (Water Integrity Network).

Après l’ouverture de l’atelier et les présentations d’usage, chaque pays présent a été convié à présenter une action phare de plaidoyer que la société civile à mener dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. Le CANEA a par exemple présenté sa campagne de plaidoyer pour l’inscription du droit à l’eau et à l’assainissement dans la constitution. Dès la fin des présentations, une séance de questions-réponses a été organisée. Lors du débat, certaines thématiques préoccupantes pour la société civile ont été mises en évidence:

  • L’importance à accorder aux médias, notamment dans les plaidoyers
  • Le lien entre le budget et l’engagement
  • L’inclusion réelle de la société civile, des jeunes, du genre dans sa globalité
  • La corruption
  • Le positionnement de la société civile pour ne pas que l’eau devienne une marchandise
  • La mobilisation citoyenne

Chaque sujet pouvant faire l’objet d’un atelier propre, il n’était pas envisageable de traiter ces sujets de manière approfondie, néanmoins des pistes de réflexion et des expériences intéressantes ont pu être partagées.

La séance de l’après-midi portait sur l’agenda 2030 de développement durable, et les ODD portant sur l’eau. Concernant la présentation sur l’objectif 6 des ODD, nous retiendrons surtout qu’une base de données mondiales « devrait » être applicable pour 2018. 

Le directeur général de l’eau est ensuite venu présenter le programme sectoriel d’accès universel à l’eau potable 2016-2021 pour le Bénin. La présentation du programme a suscité l’intérêt des participants, notamment quant à la réalisation effective de ce programme ambitieux, qui prévoit l’atteinte de l’accès universel à l’eau potable d’ici 2021. La création d’agences d’exécution laissait également les participants perplexes.  En effet, leur rôle plus particulièrement leur agencement avec les communes n’est pas clair. Pour mettre en application ce programme d’urgence, l’état compte sur un budget de 273 milliards, dont 208 milliard à apporter par le budget national et 65 par le secteur privé. Concernant l’adéquation entre l’agence d’exécution et les communes, chacune aurait un rôle défini. Les communes seraient en charge d’élaborer la stratégie du secteur, tandis que les agences s’occuperaient davantage de la mise en œuvre, de l’aspect réalisation. Pour toute action entreprise, l’aval de la commune serait nécessaire. En ce qui concerne le suivi évaluation, le programme compte s’améliorer au niveau des technologies, d’où la participation du Bénin au programme d’amélioration des systèmes nationaux et locaux de suivi évaluation de l’eau potable, de l’hygiène et de l’assainissement financé par l’UNICEF, AKVO, etc. D’ailleurs, ce programme de suivi-évaluation a été exposé par un membre d’Akvo après le programme d’urgence du Bénin.

Avant de clôturer la journée sur une brève présentation concernant le projet de créer un comité intergouvernemental au niveau des Nations-Unies (6 pays sont actuellement intéressés), un travail de groupe sur le renforcement de la société civile dans son rôle a eu lieu. Des différents groupes, il a entre-autre été mis en lumière que la société civile devait contribuer et participer de manière effective, et avec qualité. Le recours à des experts, consultants, chercheurs, universitaires, etc permettrait d’assurer la qualité des interventions. Quant à la participation, si la société civile est souvent l’oubliée ou l’invitée de dernière minute des acteurs étatiques, elle doit être proactive au niveau des démarches, saisir les opportunités.

La deuxième journée a débuté par des exposés sur le thème du financement du secteur EAH dans le cadre de plaidoyer. Plusieurs pays ont fait part de leurs expériences. Il s’agit du Bénin, du Cameroun et du Mali. L’ONG WIN a également exposé le résultat de ses recherches.

La dynamique citoyenne au Cameroun a une veille budgétaire. Elle vérifie chaque année le budget alloué à l’eau, et l’utilisation effective de ce budget. La dynamique citoyenne a une vision globale du budget, vu qu’elle suit son évolution au cours de l’année, mais aussi d’année en année.                           Nous retiendrons de cette initiative l’importance de l’information, de mobiliser la communauté, mais aussi de travailler avec les élus locaux ( il a été cité à titre d’exemple Africité au Kenya).

Le saniyathon est un projet qui a pour but de trouver un financement afin d’augmenter le taux d’assainissement, en mettant l’accent sur les communautés elle-même. Il s’agit d’une sorte de collecte de fonds auprès des leaders communautaires.

Le Burkina avait déjà expérimenté ce type de projet avec l’ATPL (soit mené par les leaders). Cette approche est intégrée dans la démarche nationale. Elle vise les leaders, mais également la diaspora. Cette approche difficile demande un travail préparatoire. Pour ce type de programme, il est important de se poser la question du ratio coût / efficacité/efficience.

WIN a présenté ses activités, dont ses plaidoyers sur le financement et son rapport sur la corruption. Selon leur étude, 10 % des investissements sont perdus dans la corruption, ce qui représente l’équivalent de 75 milliards par an. Win est actuellement très actif au Bénin, il travaille notamment avec différents acteurs du secteur sur la rédaction d’une charte d’intégrité, dont le ministre serait l’ambassadeur. 

Après ces présentations, la SWA ( Sanitation and water for all) a pris la parole afin de donner des pistes pour la préparation de la réunion de Haut Niveau qui se déroulera à Washington en avril prochain. L’exposé a été suivi d’un travail de groupe sur la mobilisation des gouvernements nationaux au niveau international.

L’après-midi, la thématique du changement climatique a été abordée en mettant l’accent sur la conférence water for Africa et le bilan de la COP 22 au niveau de l’eau.

Un des derniers points de discussion était la coordination avec d’autres initiatives de renforcement de capacités de plaidoyer de la société civile africaine EAH. A titre d’illustration, le représentant du Mali a expliqué le projet Watershed. Cet exposé s’est soldé par un débat sur la privatisation de la distribution de l’eau, inconcevable pour la plupart des acteurs présents.

Enfin, pour clôturer en beauté l’atelier, le Canéa a convié le ministre de l’eau à se joindre au groupe. Le président du Canéa, la représentante du SPONG au Burkina Faso, celle du SWA, ainsi que celle d’eau vive ont fait des allocutions reprenant les thèmes préoccupants pour la société civile, parcourus au cours de l’atelier. Arnaud, du PNE, a pris la parole en dernier pour la société civile en s’intéressant plus spécifiquement à la situation au Bénin. Le Ministre s’est ensuite exprimé. Il a rappelé que l’accès universel à l’eau d’ici 2012 est une des premières préoccupations de son ministère. L’atteinte de cet objectif va requérir beaucoup de réformes, dont :

  • La création d’agences
  • La division de la Soneb en deux parties (société de patrimoine et société de distribution)
  • L’utilisation du secteur privé comme accélérateur
  • Une attention particulière au droit à l’assainissement de base
  • L’inscription de droit à l’eau et à l’assainissement dans la constitution

In fine, il compte sur une société civile de qualité, qui agit comme contre - pouvoir, et apporte des résultats.