Vers une sortie de la vulnérabilité

C’est en 2012 que Protos a débuté ses activités en commune Isale, province de Bujumbura. Une partie du groupe cible pour ses activités était constitué de ménages vulnérables qui ont été encadrés et soutenus par Protos et ses partenaires, au travers de formations, d’un grand nombre de réunions de sensibilisation, etc. Outre ces séances, Protos avait fourni une assistance matériel composée de : un jardin potager, une compostière, un foyer amélioré, une toilette EcoSan, un système de collecte d’eau de pluie et des animaux de basse cours ; l’ensemble étant appelé « Pack GIRE ».

Le fait d’être bénéficiaires du pack GIRE a renforcé les liens sociaux entre ces ménages, au point que des associations/groupements d’entraide se sont formés pour combattre la vulnérabilité. Comme dit l’adage « l’union fait la force » c’est entre autre grâce et au travers de ces groupements qu’un bon avenir se trace à l’horizon.

En mars 2015, une formation sur l’initiation et la gestion des activités génératrices des revenus (AGR) a eu lieu. Elle portait entre autre sur : étude du marché, bilan périodique, calcul du capital et des bénéfices ... A la fin de la formation, les participantes devaient s’engager dans le sens de la création d’AGR. Les engagements pris étaient variés, il s’agissait entre autre d’initier une AGR pour acheter un poste de radio pour écouter les informations, payer les frais scolaires des enfants, acheter un téléphone mobile pour faciliter la communication, retaper la maison, acheter un bon pagne, etc. 

Restitution travaux en groupe © Protos

Dernièrement, une séance d’évaluation s’est tenue à Isale pour voir si les intéressées ont respecté leurs engagements. Et bien les résultats sont surprenants : sur 50 femmes prises comme échantillon, 46 femmes ont initié des AGR variées et sont très contentes du pas franchi. Voici en quelques mots les résultats de cette évaluation : 42 femmes vendent des légumes, 6 vendent des bananes, 17 vendent du vin de banane, 1 tresse et vend des corbeilles. D’autres produits comme la farine de manioc, des beignets, des arachides grillées, du bois de chauffe sont aussi vendus par ces femmes. 

Femmes ayant des AGR lèvent le doigt © Protos

Le plus intéressant dans tout cela, ce sont les témoignages que ces femmes font en admettant qu’à partir de ces AGR leurs conditions de vie se sont améliorées. De ces témoignages nous avons noté que 33 femmes ont pu acheter des chèvres, 18 ont acheté des porcs qui leur procurent du fumier pour leur champs, 6 ont retapé leurs maisons, 2 ont acheté un téléphone portable, des pagnes, des radios ont également été achetés par ces femmes bénéficiaires de l’appui de Protos. Selon les témoignages de ces femmes, les frais scolaires et frais de santé ne sont plus un problème grave chez elles.

Madame Manirakiza Cassilde devenue veuve en 1997 suite à la crise qui sévissait au Burundi admet avec assurance qu’elle n’est plus vulnérable. « Avant les interventions de Protos j’étais toujours seule, je pensais à l’avenir de ma famille, de mes enfants surtout et j’imaginais toujours un avenir sombre. Quand, au cours d’une séance de sensibilisation un partenaire de Protos a dit qu’il serait mieux qu’on initie des associations d’entraide/épargne et crédit je ne l’ai pas cru, mais je me suis fait inscrire juste pour faire comme les autres. Au cours des premières réunions, je ne pouvais même pas parler, je pensais que mes propos n’intéresseraient personne. Avec l’encadrement de Protos et ses partenaires, je me suis petit à petit intégrée, j’ai demandé des crédits dans mon association, j’ai initié le commerce des légumes au marché de Mucungwe.

Ce petit commerce m’a permis de payer les frais scolaires pour mes trois enfants. Deux sont actuellement à l’université privée un autre à l’école secondaire et tous ne manquent de rien qui puisse faciliter leur formation.

En plus de cet éveil de conscience que Protos a initié en moi, le pack GIRE installé chez moi me facilite la tâche. Au fait, quand je suis au marché pour mon petit commerce, mon enfant prend les légumes dans le jardin fait la cuisine et moi je rentre avec la farine pour faire la pate et on mange tôt le soir contrairement aux périodes sans légumes dans le jardin où on est obligé de tout acheter.

Il est à noter aussi que les séances de sensibilisation sur l’hygiène et assainissement ont joué un grand rôle dans mon épanouissement. Après avoir fait la propreté chez moi, je me lave, je mets un bon pagne et je vais au marché pour mon petit commerce, je marche avec assurance prête à affronter toute difficulté. Parfois, je compare la situation actuelle au passé où je passais toute la nuit à pleurer en pensant au lendemain et je dis merci Protos ! Tu m’as délivrée. »

Cassilde vend des légumes © Protos

Article: Carinie Masumbuko